Weeeb
Weeeb


Le digital niortais


Projet de texte en vue d'alimenter une réflexion collective sur le sujet.


Quelques chiffres

Environ 130 Entreprises de Services Numériques (ESN) interviennent sur le territoire Niortais. Elles représentent plus de 1 500 emplois. Auxquels il faut ajouter environ 1 800 informaticien(ne)s salarié(e)s dans les mutuelles d’assurances (MAIF, MACIF, MAAF). Source : CBE

Richard Stallman : invité d'honneur de Niort Numeric #1 le Mardi 19 mars 2013 © Romuald Goudeau
Richard Stallman : invité d'honneur de Niort Numeric #1 le Mardi 19 mars 2013 © Romuald Goudeau

Ecosystème

La singularité de l'écosystème digital niortais s'appuie sur :
  • 1 - Un enjeu stratégique lourd
  • 2 - Une déontologie de la gestion des données personnelles
  • 3 - L'économie sociale et solidaire

1 - Un enjeu stratégique lourd

Transformation digitale : se réinventer ou périr !
Texte posté par Pascal Demurger (DG du groupe MAIF) Septembre 2016
---
Aujourd'hui, l'alternative est simple : les entreprises traditionnelles doivent se réinventer ou périr. Robotisation des entreprises, développement fulgurant de l’intelligence artificielle, ou encore déploiement généralisé de l’internet des objets, l’économie mondiale accélère sa mue digitale à une vitesse fulgurante, exponentielle même si l’on se réfère aux caractéristiques de la loi de Moore. Internet est devenu la plateforme technologique globale sur laquelle « dansent » des milliers de startups et les GAFAs, ces conglomérats des temps modernes. Changer ou périr, cette injonction binaire, voire simpliste, caractérise pourtant notre époque. La rupture digitale est là et produit ses effets avec toujours plus d’intensité. Elle secoue nos grands groupes qui doivent faire face à de nouveaux modèles d’affaires redoutables. Quand Tesla engrange 200.000 commandes de son model 3, à peine 24 heures après l’annonce d’Elon Musk, cela interroge toute une industrie. Quel constructeur automobile pouvait imaginer une telle accélération il y a encore 3 ans ? On pourrait lister les industries et services les uns après les autres et constater à chaque fois la vitesse et la profondeur de la rupture digitale ; l’ubérisation menace tous les secteurs. Dénier cet état de fait est la première erreur à ne pas commettre. Il faut donc se réinventer et engager une transformation profonde de l’organisation en activant un triptyque simple qui traverse aujourd’hui toutes les strates de l’entreprise :
  • UX - Définir et mettre en oeuvre une expérience utilisateur exceptionnelle en partant systématiquement des besoins de nos utilisateurs, collaborateurs et sociétaires, le design devenant une discipline à part entière dans notre référentiel métiers
  • Data - Maintenir l’accès aux données et se mettre en capacité de les exploiter à partir d’une politique de la data qui garantisse à la fois les sources d’approvisionnement nécessaires à l’entreprise et l’utilisation éthique qu’en font nos experts et analystes
  • Culture - Engager un projet de transformation par la formation enfin pour installer au cœur de l’entreprise une nouvelle culture de l’innovation, de la collaboration, de l’agilité et de l’intraprenariat mais aussi et surtout de nouvelles compétences et savoirs.
Ces 3 axes doivent être activés simultanément, les données nourrissant la qualité de l'expérience, la culture prévalant sur tout le reste.

2 - Une déontologie de la gestion des données personnelles

Les données personnelles, nouveaux “communs” pour ressourcer le mutualisme
Texte posté le 4 mars 2017 par Jean Louis Davet : Directeur général du groupe MGEN et du groupe ISTYA
---
En ce début de 21e siècle, nous assistons à un formidable renouveau des biens communs ou “communs”, porté par la révolution numérique en cours. Historiquement, l'idée de “communs” remonte à une période où l'État moderne n'existait pas encore, dans un contexte essentiellement agraire. Deux types d'espaces coexistaient alors en fonction des droits coutumiers locaux : les terres relevant de la propriété privée, labourées, ensemencées, moissonnées, et les “communs” utilisables par tous pour trouver du bois, éventuellement chasser ou faire brouter les animaux. Le régime des “enclosures” à la fin du Moyen Âge, puis l'essor de la propriété privée au 17e/18e siècle, finit par faire disparaître une grande partie de ces biens communs. Ces modes de fonctionnement et de régulation collective semblent aujourd'hui porteurs d'innovation à l'heure où des communautés créent des “communs” digitaux. Du développement des logiciels libres à la création de l'encyclopédie en ligne Wikipédia, les communs sont remis au goût du jour. Car une nouvelle génération d'acteurs, portée par la culture issue d'internet, se réapproprie les valeurs portées par les “communs”. Décentralisation, horizontalité des relations, partage, accès aux savoirs et à la connaissance, culture de la contribution active font en effet partie du panthéon de valeurs des fondateurs du web. Ils ont inspiré notamment le mouvement du logiciel libre. Le mouvement fait tache d'huile en s'étendant à d'autres secteurs, comme la culture, voire demain les biens matériels par la révolution des imprimantes 3D.

À l'opposé d'une vision purement individualiste de la société, les communs fournissent une alternative à la marchandisation exclusive de la société. Ils permettent à des communautés locales ou virtuelles de se regrouper pour créer, préserver, maintenir ou développer une ressource collective. Car si la ressource elle-même est importante, la création de lien social se révèle décisive dans nombre d'approches. Contrairement au court-termisme ambiant, elles permettent aussi de penser le long terme ainsi que la transmission d'une ressource et d'un projet entre générations. Nous assistons depuis à un foisonnement d'initiatives. Partout en Europe, des initiatives citoyennes et communautaires sont actuellement en cours afin de donner vie à des communs urbains, ruraux, scientifiques ou numériques. Des rapprochements et des convergences sont en cours. Une première Assemblée européenne des communs s'est d'ailleurs tenue en novembre dernier au Parlement européen, fédérant des acteurs venus de toute l'Europe. Même si beaucoup reste à construire, l'idée de “communs” ou de “mise en commun” fait totalement sens dans l'univers des valeurs du mutualisme et doit interpeller tout groupe mutualiste en phase avec son temps. Tout comme la révolution numérique en général, ce mouvement nous invite à reconsidérer les voies et moyens de nos ambitions collectives tout en revisitant nos modèles entrepreneuriaux. C'est tout particulièrement vrai de nos mutuelles. Il nous faut renouer avec notre vocation originelle d'innovation sociale librement et collectivement décidée par nos membres. Communs et mutualité : utopie ou vision ?

Les mutuelles ont, elles aussi, vu le jour à partir de la mise en commun par un groupe d'individus, de certains aléas ou types de “risques” (santé, accidents, dommages matériels, etc.) à assurer et gérer collectivement.
Pour autant, au-delà de cet idéal collectif non marchand partagé avec les militants des communs, quelle ressource concrète une mutuelle serait-elle en mesure de développer pour que l'on puisse envisager de l'associer au mouvement des communs ? Prétendre par exemple que le “commun” ainsi préservé et développé par une mutuelle santé est “la santé de ses adhérents” est certes séduisant, mais ne résiste pas à l'analyse. Les services et remboursements de soins opérés par la mutuelle contribuent certes à un meilleur état de santé des adhérents, mais la prétendue “ressource santé” reste très hypothétique dans la mesure où aucun adhérent ne confie réellement (en tout cas pas encore) sa santé à sa mutuelle, et l'implication de l'adhérent dans l'enrichissement de cette ressource au profit de la communauté des autres adhérents reste extrêmement limitée.

Il serait au contraire plus constructif d'identifier au sein de la révolution numérique et de la nouvelle vague de communs digitaux ce qui pourrait contribuer à l'émergence de nouveaux modèles d'inspiration mutualiste à même de répondre aux enjeux sociétaux façonnant notre avenir.
Pour une mutuelle, c'est le risque financier occasionné par la réparation des sinistres qui est dans les faits assuré. Ainsi, le type de risque sous-jacent (santé, etc.) et le périmètre des individus concernés (souvent par corporation ou territoire géographique) sont les deux facteurs qui ont circonscrit dès l'origine les périmètres “affinitaires” entre adhérents d'une mutuelle. Dans ce cadre, les données personnelles des adhérents, souvent limitées à des caractéristiques socio-économiques enrichies de données actuarielles sur les sinistres, sont mutualisées afin de définir et calibrer les garanties assurantielles correspondant au risque couvert, et de déterminer leur tarif.

Les données personnelles, un nouveau commun
Mais cette logique est aujourd'hui en cours d'inversion : les données ne sont plus seulement l'un des outils permettant de mesurer et tarifer le risque que les adhérents cherchent à mutualiser. Nos données personnelles, numériques ou numérisables, deviennent une ressource clé, d'une variété et d'une richesse potentielle inouïes. Ne serait-ce pas là le véritable “commun” qu'un collectif pourrait souhaiter à la fois protéger, développer, réguler ? Il confierait cette ressource essentielle à une “organisation” qui en émanerait, charge à cette dernière de créer et proposer tous types de services désormais rendus possibles par le traitement approprié de ces données (comme les services de dépistage et de prévention, l'accession à une médecine personnalisée, des recherches médico-économiques ou sanitaires…). Bien évidemment, cette utopie se heurte aujourd'hui à la réalité des cadres réglementaires français et européens sur les données personnelles et les données de santé, aux légitimes questions d'anonymisation et de sécurité, ainsi qu'au manque de maturité de la population sur ces sujets complexes et encore fort peu débattus publiquement. Pour autant, les réglementations évolueront, et gageons que nous saurons un jour trouver le bon équilibre entre la protection des individus et la liberté d'innovation indispensable au développement économique des nations.

Le changement de paradigme serait alors radical.
Les membres adhérents de cette organisation s'associeraient non plus pour couvrir prioritairement un risque donné, comme c'était le cas de nos mutuelles, mais pour bénéficier de tous les services imaginables à partir d'un large spectre de données qu'ils auraient collectivement et consciemment décidé de partager ensemble. La mutualisation porterait moins sur les risques sous-jacents à couvrir sur un mode assurantiel que sur le périmètre de données recueillant le consentement de tous les membres. Se formerait ainsi une communauté dont le trait d'union serait précisément l'acceptation éclairée du partage de ce périmètre entre membres. De son côté, l'organisme collectif gouvernant, préservant et exploitant la richesse confiée, s'engagerait à expliquer intégralement tout l'usage qu'il fait de ces données et le détail des algorithmes qu'il utilise. Il n'aurait pas pour objectif de centraliser toutes ces données dans une même base, mais avant tout de faciliter la circulation des flux d'informations pour créer de la valeur pour l'individu et veiller à ce qu'il reste maître de ses informations. Ses conditions générales d'utilisation (CGU) seraient enfin transparentes, aisément compréhensibles par tous les adhérents, et rompraient définitivement avec ce que l'on pourrait plutôt qualifier aujourd'hui de Capharnaüm Grugeant les Utilisateurs. La gouvernance des données pourrait même être conçue comme pleinement collaborative, basée sur des outils proposés par les CivicTech, garantissant ainsi tout à la fois transparence et fidélité aux choix des individus.

Considérer les données personnelles, ou plus vraisemblablement leur agrégation, comme un commun rendrait chaque membre de cette communauté légitime pour revendiquer le bénéfice de la richesse informationnelle ainsi créée.
Les informations rendues “signifiantes” devraient servir à leurs “propriétaires” pour qu'ils en tirent tout l'usage qui a du sens pour eux. Les individus pourraient ensuite exploiter et contrôler leurs données à leurs propres fins. Cette maîtrise par les individus de leurs données personnelles et de leur exploitation constitue l'ambition même du Self Data, dont différents modèles économiques font aujourd'hui l'objet de recherches et d'expérimentations. De la mise en commun pleinement consentie à la réappropriation individuelle des données personnelles, la boucle serait bouclée au bénéfice de la collectivité et de l'individu.

Expérimentons de nouveaux “communs” !
Nos mutuelles peuvent renouer avec leur vocation originelle d'innovation sociale librement et collectivement décidée par leurs membres. Par exemple, plus que tout autre type d'assureur, une mutuelle, dont les principes de gouvernance visent à circonscrire les divergences d'intérêt qui peuvent opposer actionnaires et clients, assureur et assurés, devrait théoriquement être en mesure de décider la restitution à chaque membre des données qui le concernent et de l'ensemble des enseignements tirés (modulo toutes les précautions d'usage en matière de responsabilité et de sécurité). Le Self Data apparaîtrait ainsi comme une extension naturelle de la transparence qui doit être de mise entre la structure “mutuelle” et les individus qui y adhérent dans un objectif d'amélioration de leurs conditions de vie tant par des services que par des prestations d'assurance. Mais les idées innovantes, les acquisitions de technologie, les réponses aux besoins exprimés ou pas encore exprimés, la conviction d’œuvrer pour le progrès social ne seront pas suffisantes. Les modèles économiques restent à inventer dans un contexte concurrentiel tendu où les utilisateurs sont profondément atteints par le syndrome de la gratuité apparente. Les modalités de gouvernance restent également à revisiter pour répondre à de nouvelles aspirations et à une complexité croissante de l'environnement. La tâche est immense, les enjeux fondamentaux. C'est maintenant qu'il faut s'y atteler, notamment en expérimentant de nouveaux communs… et pourquoi pas en donnant de nouvelles formes et de nouveaux objets au mutualisme ?

3 - Economie sociale et solidaire

Reconnue par la Loi du 31 juillet 2014, l’Économie sociale et solidaire (ESS) regroupe un ensemble de structures qui cherchent à concilier utilité sociale, solidarité, performance économique et gouvernance démocratique, avec pour ambition de créer des emplois et de développer une plus grande cohésion sociale.
  • 2 français sur 3 sont adhérents d’une association
  • 14 millions de français sont bénévoles dans une association
  • 1 français sur 2 réalise des échanges avec une coopérative
  • 2 français sur 3 sont protégés par une mutuelle
Niort organise chaque année depuis 2014 le salon national de l'ESS.

Conclusion (rapide) en forme de première synthèse

Richard Stalmann, lors de la toute première édition de Niort Numéric en 2013, est monté sur la scène de L'Acclameur devant 2500 personnes pour nous dire qu'il ne voulait pas de photo de lui sur Facebook. Je n'avais rien compris à sa mise en garde. Aujourd'hui, elle résonne encore. Elle nous ouvre un espace de réflexion. Un premier axe pour définir un positionnement pour le digital niortais. Mon expérience de vice président du réseau SPN m'a fait comprendre le digital de nos voisins. Pour aller vite : La Rochelle, le tourisme ; Poitiers : l'éducation ; Angoulême : le jeu vidéo. Niort gagnerait en visibilité à se positionner sur les données personnelles : "une ressource clé, d'une variété et d'une richesse potentielle inouïes". C'est maintenant qu'il faut s'y atteler, notamment en expérimentant de nouveaux communs… et pourquoi pas en donnant de nouvelles formes et de nouveaux objets à notre réflexion collective ?

Je pose la question.
:)